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Thibaut Voglet raconte ses "Bornes to Fly"

Vous pensiez connaître toutes les épreuves intégrant la course à pied/marche ? Mais connaissiez-vous "Bornes To Fly" ?

Un jeu de mots qui résume une discipline qui combine la marche avec... le parapente. Le parcours d'une telle épreuve peut varier entre 100 et 250 km en fonction des conditions météorologiques, à accomplir en trois jours avec deux bivouacs en pleine nature savoyarde.

Cette discipline nécessite des qualités physiques pour les nombreux kilomètres de marche, un sens de l'orientation, une maîtrise du parapente et de la stratégie. Nous avions soutenu Thibaut Voglet qui a participé au "Bornes to fly" cette année, avec 157 km au programme dans les Cimes de Haute-Savoie à proximité du Lac d'Annecy. Voici le récit de son aventure.

TraKKS a soutenu Thibaut Voglet aux "Bornes To Fly". Voici son récit : 

Jour 1 engagé

voglet trakks specilaliste running trail outdoor

3…… 2…… 1…… GOOOOOOOOO !

On y est, le départ de la Bornes to Fly est lancé. Quel grand moment de soulagement que d’entendre ce décompte se terminer par ces cris de joie et les encouragements des nombreux assistants et copains venus observer le départ. L’inscription a eu lieu fin janvier, depuis, à coup d’entrainements, de conseils, de motivation, la préparation s’est déroulée sans accroche. On est fin prêts et l’équipe est bouillante !

Le parcours a été annoncé ce matin, intelligemment planifié pour les conditions orageuses qui nous attendent : Start à Talloire, 1ère balise au-dessus de Chambéry sur le déco du Sire, 2e balise au sommet de la station des Brasses au nord de Bonneville et Cluses, 3 e balise à Marlens puis fin du chrono à l’Atterro de Planfait et finish à la plage de Talloire. Le tout pour un parcours de 157 km en ligne droite. Dans la théorie, le goal est possible ! J’ai l’avantage d’avoir déjà survolé une grande partie du parcours, je démarre donc cette course serein sur ce point. Mes inquiétudes au départ sont plutôt axées sur le physique. La préparation a-t-elle été suffisante ? Advienne que pourra, de toute façon, il n’est plus l’heure de penser à ça !

La course est lancée, l’objectif du jour : claquer B1 au-dessus de Chambéry au Sire, revenir et se rapprocher de la montagne du Môle, proche de B2. On monte d’abord vers Planfait, cette première montée donne déjà le rythme, les concurrents sont sacrément rapides et préparés, il ne faudra pas faire d’erreurs sur cette course si on veut pouvoir boucler !

Cette première étape est stratégique, que faire ? Monter à Planfait, attendre que ça se mette en place et décoller ou pousser jusqu’au col des Frètes 700m plus haut ? Sur la bonne observation de Thierry, nous prendrons la première option, en effet, lorsqu’on arrive à Planfait, des voiles sont en vol, ça tient et ça commence à monter. Sans se presser pour éviter de décoller trop tôt, Gaetan (mon acolyte de course) et moi nous préparons, tout en observant les conditions. Après un court temps, on est d’accord : on n’a plus rien à faire au sol, feu ! A nouveau, c’est avec soulagement que je décolle, en espérant être parti pour un long vol ! Celui-ci se déroule assez bien sur la première partie, quoiqu’un peu conservateur sur les décisions à prendre, par peur de poser et de devoir marcher, on avance sans soucis. Les Dents de Lanfon rejointes, nous transitons ensuite sur le Roc des Bœufs, direction les Bauges. Comme à son habitude, le Roc des Bœufs se montre réticent à notre venue, et c’est avec un peu de patience et par la plaine que nous réussissons à rejoindre le nuage.

À cet endroit, nous nous retrouvons avec une bonne dizaine de compétiteurs. On sent l’envie de chacun à avancer ! Nous avançons avec Anatole par le milieu de vallée, les cumulus se forment et se déforment, ce qui nous indique une bonne instabilité dans la masse d’air. Une fois le Roc des Bœufs passé, direction le Margériaz….Margériaz qui m’inquiète… Son sommet est coiffé par un gros congestus qui pourrait bien se transformer en cumulonimbus, ces fameux nuages d’orage. Gaetan fait un point bas dans cette transition, je décide de l’attendre, afin d’analyser l’évolution de ce monstre devant nous. Les autres compétiteurs semblent moins inquiets et avancent sous celui-ci. L’évolution des autres ailes semble stable. Prudemment, nous décidons donc de les rejoindre. Nous arrivons bas sous le nuage, sous le niveau de la crête et ça ne monte pas ! Nous devons prendre une décision assez rapidement. Nous prenons finalement l’option de partir vers la face Est de la montagne de Bange qui est au soleil. Bingo, ça remonte ! Le nuage au-dessus gonfle vite ! Trop à mon goût. Je perdrai Gaetan qui est plus bas à cet endroit, ne voulant pas l’attendre sous le nuage, dès que j’ai la hauteur suffisante, je bascule vers le Revard et la vallée de Chambéry.

Je claque la balise B1 au Sire en compagnie d’Anatole, pilote « local » et ami qui ne fait pas partie de la compétition. Jusqu’ici ,nous étions poussés par le vent du nord, le retour vers le lac d’Annecy s’annonce moins facile. D’autant qu’en nous retournant, nous voyons que les crêtes et la plaine qui nous mènent jusqu’au lac sont bien couvertes de congestus. A coup de 360 et d’accélérateur, nous arrivons au Semnoz. A cet endroit, je ne suis pas à l’aise, les nuages me semblent sacrément gros et sombres. Un coup de tonnerre me décide à prendre l’option sage d’aller poser au pied du Semnoz, cet atterrissage se fera sous la pluie à Viuz.

Le temps de plier, de manger un bout, de prendre les options pour le reste de la journée, me voilà en train de remonter vers le sommet, 1150m plus haut. A ce moment, je me situe entre deux eaux, frustré de ne pas avoir osé continuer à avancer mais content d’être resté maitre de mes choix, dans une optique sécuritaire. En compétition, j’essaie toujours de me poser la question « hors compète, est-ce que je volerais dans ces conditions ? ». Dans ce cas-ci, la réponse était non. Cependant, j’ai largement regretté mon choix dans cette montée, d’autant qu’à peine 30 minutes après le posé, tous les nuages se sont effondrés et les conditions sont devenues à nouveau correctes. 2h30 et un bon litre de sueur plus tard, me voilà au sommet du Semnoz. L’avantage des randonnées, c’est d’avoir accès aux messages d’encouragements des proches et dans les moments plus durs, ils font toujours plaisir ! Au déco, après un court ravitaillement, les conditions sont là, une bonne brise, du thermique et un objectif, avancer vers Planfait, le décollage de ce matin. Il est 19h quand je décolle, soit il me reste une heure pour avancer aujourd’hui. Le Magic Semnoz fonctionne et je me retrouve rapidement à 1900, soit suffisamment pour me laisser glisser vers Planfait, d’où j’ai décollé ce matin. Le glide au-dessus du lac, les mains dans les poches, est une satisfaction énorme. Je sais que je n’ai pas été aussi loin qu’espéré ce matin mais une bonne partie du parcours a été réalisé. J’atterris à 19h30 à Perroix, trop bas pour avancer vers le Parmelan ou espérer raccrocher Planfait. Il me reste 30 minutes pour plier et me diriger vers le bas du chemin qui monte au décollage de Planfait d’où je redémarrerai demain à 7h.

Il est 19h56 quand j’arrive au bout de la route. Je lâche les bâtons, dépose le sac au sol, et m’assied, heureux et fatigué. Valéry viendra me chercher, je passerai la nuit à Giez chez Thierry et Nathalie (merci à vous !). Je bénéficierai d’un encadrement particulièrement parfait sur cette soirée, avec une assistance technique de la part de Thierry quant aux options du lendemain, une assistance logistique des filles (Valérie et Nathalie) et d’un chef cuistot hors pair pour me remettre en forme ! 23h30, au lit ! L’option de demain est validée, il faudra monter sur la face Est de la dent de Cruet pour avancer vers Bonneville, le Môle et les Brasses.

Jour 2 Run boy Run

voglet trakks specilaliste running trail outdoor

6h56, je suis au pied du chemin qui monte à Planfait. Le réveil a été moins dur que prévu, aucune douleur musculaire, une motivation au top, tout est opérationnel ! Le plan est confirmé : une bonne montée de 1500m de d+ pour se réveiller et rejoindre la Pointe de Talamarche. Puis, en théorie, un beau vol pour aller valider notre deuxième balise, Les Brasses et retour par la même vallée.

7h, départ, la montée jusqu’au col des Frêtes est agréable, accompagné par Valéry, nous montons à bon rythme. La suite du chemin pour rejoindre la face Est de la dent de Cruet et la pointe de Talamarche nous fait découvrir le plateau des Frêtes, un alpage encore enneigé avec comme seul compagnons, des bouquetins. Une bonne surprise qui montre une fois de plus que cette pratique du marche-et-vol est fantastique. Une fois l’alpage trouvé, on souffle et on observe. Une petite brise est présente, des barbules apparaissent, des oiseaux commencent à jouer.

C’est parfait ! Je suis dans les temps.

Le décollage se fait en douceur, sans encombre dans ce cadre splendide. Les conditions ne sont pas encore bien installées quand je me retrouve en vol, en attente sur la crête, je vois une, deux puis trois voiles décoller. Visiblement, nous avons tous le même objectif, partir sur les faces Est pour rejoindre la vallée du Petit Bornand. Ce que nous tentons de faire tant bien que mal. En effet, les conditions ne sont pas géniales, ça bouge bien, mais ça ne monte pas des masses. Après une pause forcée dans le col de la Buffaz 10 km après le décollage, un décollage improvisé de l’autre côté du col, nous voilà en route dans la vallée du Petit Bornand. Les faces Est fonctionnent bien et nous avançons facilement vers Bonneville. Du moins, jusqu’à quelques km de Bonneville, où je me retrouve bloqué dans du -4 m/s… Un mauvais choix tactique qui me coûte très cher… Je suis arrivé trop tard sur les faces Est et trop bas pour rejoindre les faces Ouest… Au sol , au fond de la vallée et sans moyen de redécoller à proximité. Gaetan, que j’avais perdu la veille, me rejoint et pose à quelques champs de moi… Un peu déçus de ce vol, nous sommes forcés à marcher.

Notre choix s’oriente vers le Môle qui est à plus de 15 km de nous. Nous savons tous les deux que cette marche va nous coûter quelques places. Malgré le dénivelé accumulé ce matin, nous avançons bien, on peut dire que le physique va plutôt bien. Le mental, c’est autre chose ! Les voiles nous passent allègrement au-dessus, les chances de boucler le parcours s’amoindrissent de plus en plus, au fur et à mesure du temps qui passe.

Commence alors une course contre la montre, où notre ennemi est la météo. Les orages sont prévus pour la fin de journée, nous espérons qu’il y aura comme hier une accalmie en fin de journée qui nous permettrait d’avancer au mieux ce soir. La marche est longue mais nous avançons, les conditions n’ont pas l’air de trop se dégrader. Finalement, après de longues montées suivie de longues descentes, de chemins forestiers qui n’en sont pas réellement, de réflexion pour trouver le chemin le plus court, il nous aura fallu près de 5h30 pour nous retrouver dans l’alpage tant espéré, qui aurait dû nous permettre un dernier beau vol aujourd’hui.

Ceci, c’était sans compter sur la dégradation qui arrivait derrière la montagne. Nous avons fait toute la montée au soleil en pensant que les conditions seraient idéales. Perdu ! La surprise a été totale en arrivant au décollage, il pleut sur le massif des Bornes d’où on vient, il y a un bel orage en préparation de l’autre côté de Cluse et il pleut juste après les Brasses... Balise que nous comptions faire ce soir. Bref, à nouveau, c’est un gros coup dur ! Nous décollons rapidement pour nous rapprocher de la balise, sans espérer la rejoindre. Le ciel est vraiment peu accueillant. J’irai poser à Villes-en-Sallaz… en râlant. Je plie rapidement pour rejoindre comme hier le dernier point de route qui me permettra de gagner du chemin pour demain matin pour monter aux Brasses.

Il est 19h55, Je m’arrête frustré et énervé. Tout ça à cause d’une erreur de placement sur le vol de ce matin. J’essaie de relativiser, de me dire que c’est un apprentissage, mais j’ai du mal à accepter cette défaite. Demain, nous n’avons que peu de temps, la course se finit à 16h et il reste beaucoup de chemin à parcourir. A moins de réaliser un gros vol tôt, je ne vois pas comment nous arriverons au bout. Le menu de ce soir, ce sera pizza, histoire de tenter de se remonter le moral qui est bien bas. Le plan pour demain est simple, montée aux Brasses puis avancer le plus possible vers la balise de Marlens. Demain est un autre jour mais j’espère au fond de moi qu’il sera meilleur qu’aujourd’hui.

Jour 3 until the end

voglet trakks specilaliste running trail outdoor

Le réveil est différent d’hier. Ce coup-ci, je sens que mes jambes ont travaillé les jours précédents, je sens la fatigue et je sens que la motivation a pris un coup. Néanmoins, je ne veux rien lâcher. 7h tapantes, je démarre pour rejoindre notre deuxième balise qui est 500m plus haut. Cette montée est assez douloureuse mais j’arrive tout de même en haut après 40min de marche où je rejoins Gaëtan qui m’attend pour choisir la suite des plans pour la journée.

Plusieurs options s’offrent à nous : faire un glide et avancer vers le Môle pour y monter et redécoller du sommet quand les conditions seront installées ou attendre ici que les conditions deviennent idéales. La première nous rebute à l’idée de devoir remonter le Môle, nous choisissons donc la seconde idée. Attendre… attendre alors que le timing est déjà serré aujourd’hui, je sais que c’est une bonne option, mais je trépigne à l’idée d’avancer. Nous nous retrouvons finalement à une dizaine de concurrents sur ce décollage, à attendre que ça se mette en place. Après une attente interminable, nous décollons finalement dans les premiers vers 10h45, juste après Gilles, un autre concurrent.

Heureusement, l’attente est récompensée, après être facilement montés sur site, nous retrouvons de bonnes ascendances qui nous propulsent au-dessus de la base des nuages au sommet du Môle. Après la journée ratée d’hier, ce petit moment permet de nous détendre et laisse présager une bonne suite sur ce vol. Il me prend même à divaguer et penser à l’arrivée au bord du lac, je me dis que si on arrive au Lachat de Thones et que ça vole, il suffira de passer par les avant reliefs des Aravis et puis de… Stop !! Concentration, une étape à la fois. Nous passons donc Bonneville plein pot, en direction de la Pointe d’Andey qui a sa face Est ensoleillée.

Gagné, ça monte à nouveau. Après un passage raz-moquette dans le col, nous nous retrouvons à survoler le Petit Bornand et la vallée maudite de la veille. Sauf que ce coup-ci, on est haut et poussé par la brise. Malheureusement, une nouvelle fois, les faces Est ne fonctionnent pas, nous ne retrouvons rien …

Ce vol se termine donc par un long plané qui se termine à Entremont. Je ferai mon posé le plus chaotique de la Bornes to fly, en posant dans un jardin, en étant allé le plus loin possible. Il nous a manqué 200m de hauteur pour pouvoir raccrocher le Lachat de Thones et profiter du dynamique de cette crête.

Il nous reste 3h pour avancer. Faire la balise de Marlens est envisageable mais comment ? En remontant quelque part pour tenter un glide ? Le problème étant que les conditions semblent se dégrader. Avancer par la route vers Thones puis remonter vers Marlens ? Au vu des conditions et des quelques gouttes que nous sentons, nous prenons la seconde option et nous mettons en route vers Marlens par la route. En arrivant à Thones, nous sommes rejoints par nos assistants, Jean-Baptiste et Valéry qui ne nous quitteront plus jusqu’au bout. On trottine, on court, on marche, mais on avance sans relâche. La balise se rapproche mais pas assez rapidement par rapport au temps qui file. Nous sommes forcés d’accepter l’évidence, en plus de ne pas boucler, nous ne validerons pas la balise de Marlens. Ceci est une nouvelle déception mais nous ne réfléchissons plus. Ereintés, à coup de Dextro énergie et d’encouragements de nos assistants, nous avançons !

Il est 15h59 lorsque nous nous retrouvons à Serraval. 16h00, clap de fin ! Nous venons de courir sur 23 km…. Nous sommes heureux, malgré la douleur et l’objectif non-atteint ! Nous nous jetons dans la fontaine du village,

 

 

Crédit photo : 

Val D.

Karine Dupureur - events photography